Étape 5 (Vendredi 10/11/06) La Pirogue à Vapeur. Auditorium ESAD. 12h
a) L’ART DES PIRATES (chapitre 2)
« DIAL H-I-S-T-O-R-Y » (Johan Grimonprez)
Belgique 1997, 67 min
Bouclez vite vos ceintures avant de partir pour DIAL H-I-S-T-O-R-Y’, le très acclamé documentaire de Johan Grimonprez tel un présage de l’événement du 9-11. Nous y rencontrons des pirates d’avions romantiques ayant combattu pour leurs révolutions et gagné leur temps d’antenne grâce aux passagers des années 60/70. Au cours des années 90, de tels personnages semblent avoir disparu, remplacés sur nos écrans de TV par des histoires de bombes ‘anonymes’ placées à l’intérieur de valises. Le réalisateur Johan Grimonprez étudie dans ‘DIAL H-I-S-T-O-R-Y’ les raisons cachées derrière ce changement, et en même temps nous dévoile notre propre complicité en nous poussant vers l’idée du désastre final. En jouant avec la phrase clef du roman de Don DeLillo ‘Mao II’ : "ce que les terroristes gagnent, les romanciers le perdent" et "la maison (en tant qu’elle est un symbole sécurisant) est une idée fausse", il mélange de nombreux documents d’archives inédits de détournements d’avions avec des thèmes surréalistes et communs, y compris des références aux menus de fast food, des statistiques sur les animaux domestiques, le disco, et ses propres ‘Home Movies’. David Shea a composé une superbe bande son pour cette chute libre à travers l’histoire, particulièrement bien décrite par les propos d’un des directeurs de chez Pepsi-Cola faisant parti des passagers d’un vol détourné ‘comme parcourant une vaste gamme d’émotions, de la surprise pour choquer et effrayer, de la joie, au rire, et de nouveau, la peur."

Votre film Dial H-I-S-T-O-R-Y découle de votre expérience de la « vidéothèque » (Prends garde ! A jouer au fantôme on le devient ?). Est-ce que le film se veut être une démonstration de la façon de se réapproprier et d’articuler des sources, sur la base d’un sujet arbitraire - les détournements d’avion -, ou aviez-vous comme point de départ le sujet, qui a ensuite déterminé la forme ?
Il y a plusieurs entrées en fait. Le sujet des détournements d’avion peut se lire comme une métaphore du détournement des images et de leur contexte, à la manière de la vidéothèque. C’est un pouvoir iconoclaste accessible au spectateur aussi bien qu’une stratégie esthétique sur laquelle repose le film. D’un côté il y a les images que je détourne pour susciter un débat, de l’autre les événements que je situe dans leur contexte historique, en précisant les lieux ou les dates, mais dans une forme proche de ce qu’on voit sur CNN par exemple, qui opère déjà une recontextualisation en soi en transformant la narration en soap opera ou en insérant des pubs ente les infos. C’est aussi une recherche sur la relation complice entre l’histoire et la télévision, qui s’inscrit dans une chronologie spécifique : l’évolution de la façon de représenter les détournements d’avion à la télévision. Le film démarre d’ailleurs sur la première représentation télévisuelle en direct d’un tel détournement. Il y a ensuite deux niveaux de commentaire sur les images : une narration fictionnelle fondée sur des extraits de Mao II et de Bruits de Fonds de Don DeLillo, où s’opère une discussion entre terroriste et écrivain, et un commentaire personnel plus critique.
(extrait d’un entretien avec Pierre Bal-Blanc et Mathieu Marguerin, Blocnotes No.15, été 1998)
Et aussi :
Guyer-Distel et Mathias Müller