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étape 3 : se filmer (3) filmer, Jonas Mekas - mercredi 1er novembre 2006 à 18h36 par Francisco Ruiz de Infante

Étape 3 (Vendredi 27/10/06)

 a) FILMER - SE FILMER (chapitre 3)

 Impossible d’aborder l’Å“uvre de Jonas Mekas sans voir sa vie, tant les deux sont imbriquées, se nourrissant l’une de l’autre. Ce n’est pas tant l’intimité, dont Mekas ne laisse rien savoir, que sa manière d’être au monde et de penser le monde : un paysan qui se serait installé sur le pavé de New York et qui continuerait à regarder la terre comme s’il la voyait cachée derrière les désordres de la société moderne. Non pas qu’il juge ou critique, mais il observe et voit le monde avec à la fois exigence et bonté. Dureté de paysan qui sait ce qu’est de travailler la terre, âpreté de l’exilé, et générosité de l’homme qui aime voir derrière l’agressivité et la violence les moments de bonheur, les instants de grâce, de vérité, si fugaces soient-ils. Sa vie et ses films sont imprégnés de cet « Ãªtre au monde » : exil, manque d’argent, pensée et culture dominantes, censure, dogme esthétique, rien ne l’arrête, il fait toujours face avec ténacité et intelligence.
 (…)
 « Bien, très bien - si je n’ai pas le temps de consacrer six ou sept mois à la réalisation d’un film, je ne vais pas m’en rendre malade, je vais filmer de courtes notes, jour après jour, chaque jour ». C’est ainsi qu’il accumule des heures d’images. Il ne sait pas encore, à ce moment-là, qu’il est déjà en train de filmer ce qui va réellement constituer la matière première de son Å“uvre, soit son journal filmé, qu’il transformera en « Ciné-Journal ». L’histoire commence le jour où il (re)découvre ces images qu’il a archivées année après année et comprend : « Je ne cessais de revenir aux mêmes sujets, aux mêmes images ou aux mêmes sources d’images. Par exemple, la neige... En étudiant ce que j’avais filmé et en y pensant, j’ai pris conscience de cette forme de film journal et, bien sûr, cela a commencé à affecter ma manière de filmer ». Ses sujets sont effectivement souvent les mêmes : l’enfance, l’exil, les amis, les saisons, la nature, le cinéma. Au début, il pense n’avoir filmé que la surface des choses et va s’appliquer à mettre plus de lui-même dans ses plans. Paradoxalement, les images de la première période de sa vie à New York, qui s’étend de 1949 à 1963, ne deviendront le film Lost Lost Lost qu’en 1975, après Walden, le premier film à l’avoir consacré cinéaste. Walden - Diaries, notes and sketches est le premier opus du « Ciné-Journal », dont Jonas Mekas est l’inventeur, et représente l’essence même de son cinéma. Documentaire, journal, poème et récit romanesque, ce film est emblématique par son innovation et les symboles qu’il représente, à la fois témoin de tout le mouvement d’avant-garde et de la contre-culture des années 60, et fruit direct de ceux-ci. Jonas Mekas a enfin trouvé son cinéma et donc sa patrie.
 (…)
 Avec les films de Jonas Mekas, on pénètre dans ce qui constitue l’une des Å“uvres les plus révolutionnaires du cinéma, au cÅ“ur d’un acte de création pur et ouvert. Jonas Mekas écrit et filme comme il vit et vit comme il filme. Sa démarche artistique radicale incarne une pensée précise et acérée sur ce que doit être le cinéma d’Art. C’est pourtant et certainement grâce à ces règles strictes que Jonas Mekas invente des films d’une liberté infinie. Il précise clairement qu’il ne fait pas des films pour le plus grand nombre parce que sinon il serait obliger d’uniformiser, d’affadir ses films tant sur le fond que sur la forme. Le cinéma underground mais aussi l’Art en général ne peuvent naître et exister que dans une indépendance complète. L’Artiste est celui qui voit et dit. Un jour, il sera peut-être entendu. Il travaille pour ce jour. Parce que la fonction même de l’Artiste est d’être en avance sur son temps.
 Texte : Claude Rambaut

« My Country is Cinema » (documentaire sur et avec Jonas Mekas)
 1999. France. 60 min
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 « Réminiscences d’un Voyage en Lituanie ». (Jonas Mekas)
 1950-71 (Monté en 1972) / U.S.A / 82 mns



 Petite BIOGRAPHIE DE JONAS MEKAS Il vit aux Etats-Unis depuis 1949 où il a commencé à tenir un journal filmé ( ’Walden’, ’Lost Lost Lost’, ’Scenes from the life of Andy Warhol’, etc.). Il crée en 1955 la revue ’Film Culture’, et tient de 1958 à 1976 dans ’Village Voice’ une chronique où il défend ardemment le cinéma underground qu’il va contribuer plus que quiconque à fédérer, organiser et faire connaître dans le monde entier. Tout en poursuivant une oeuvre écrite, il dirige actuellement Anthology Film Archives, la Cinémathèque new-yorkaise du cinéma d’avant garde. L’Anthology Film Archives est une cinémathèque située à New York inaugurée au public le 30 novembre 1970. L’Anthology Film Archives a été fondé par Jonas Mekas et d’autres cinéastes du courant cinématographique expérimental underground. Le but de cette institution de renommée mondiale est la conservation, l’étude et la mise en valeur du patrimoine cinématographique indépendant réalisé en dehors du système industriel hollywoodien. http://www.anthologyfilmarchives.org/



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