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étape 2 : se filmer (2) - mercredi 1er novembre 2006 à 18h06 par Francisco Ruiz de Infante

Étape 2 (Vendredi 20/10/06)

 a) FILMER - SE FILMER (chapitre 2)

« No sex that night (double-blind) » (Sophie Calle / Greg Shepard)
 1994, 75 min. France. Docu-fiction.
 Sophie Calle avait un compagnon depuis un an, mais leur relation se dégradait, ils ne se parlaient plus. Elle voulait traverser l’Amérique, et pour l’entraîner dans son périple, lui vient l’idée de lui proposer de faire un film (puisque le-dit compagnon était féru de cinéma). La règle du jeu fut la suivante : chacun avait à sa disposition une caméra à laquelle ils devaient confier toutes leurs frustrations durant le voyage. À l’issue du voyage ils se sont mariés.
 Sophie Calle repropose la notion d’autorat (avec Greg Shepard, ils sont deux à filmer et à commenter), la notion de genre : c’est un documentaire sur une histoire d’amour (qui d’habitude sont des fictions). Les images sont toujours couplées à un commentaire subjectif, alors qu’elles sont documentaires, froides, de la catégorie du constat ; de la photographie brute. L’histoire (d’amour) est filmée au moment où elle a lieu ; qui connaît la fin au moment où les images défilent sur l’écran ? Calle repense l’idée de suspens, car l’histoire est filmée en temps réel et non pré-écrite. En d’autres termes, elle met sa narration en danger et nous invite à partager différemment, en temps que spectateurs, une expérience, un pari, un moment brut, même s’il peut être représenté avec le talent d’une faiseuse d’image et d’histoires.
 Si "No sex last night" contient des éléments familiers au cinéma : road movie, love story, narration subjective, le film apporte quelque chose de neuf en cela que sa construction et au-delà, son mode de production de sens sont visibles et participent du plaisir donné au spectateur. Nous ne sommes plus les témoins invisibles d’un spectacle qui est donné en notre honneur. Au contraire, nous nous représentons aisément les conditions dans lesquelles le film a été réalisé. Nous sommes donc conscient de ce qui se voit mais aussi de ce qui se "joue" devant nous de cette histoire d’amour au devenir incertain... et donc plus émouvante.

"Gay day parade". (Nelson Sullivan)
 1989 / 26 minutes / Documentaire-journal / USA
 Nelson Sullivan, mort à New York en 1989, a toujours filmé les personnes et les événements de son entourage. Tenant sa caméra à bout de bras, l’objectif grand angle pointé sur lui, il déambule parmi les événements tout en les commentant. Il tourne régulièrement la caméra vers ce qu’il a choisi de nous montrer. Nelson a acquis une telle maîtrise, qu’il entraîne le spectateur dans une visite courtoise et détaillée de son quartier, de certains cafés, du Chelsea Hotel et d’autres lieux new-yorkais. Nelson est gay, il nous présente ses amis, la plupart travestis, et leur parle par caméra interposée. Ceux-ci répondent à l’objectif, avec la grâce réservée au plus charmant regard, conscients du fait que l’identité de Nelson s’est déplacée dans sa caméra.



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