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ABA/ESAD axe de travail - vendredi 8 janvier 2010 à 13h35 par Eléonore Hellio , par Jean-Christophe Lanquetin


Un texte de Jean-Christophe Lanquetin en cours de rédaction écrit à partir des discussions et débats qui ont eu lieu pendant le workshop de Décembre à Kinshasa :

_ Le moment de l’Indépendance
Une exposition de questions

1. De la permanence : Au départ, il y a une proposition de Joseph Ibongo, directeur de l’IMNC à Kinshasa :

« A travers l’exposition sur les 50 ans d’indépendance du Congo, l’Institut des Musées Nationaux du Congo présentera la vie en société sous différents aspects : politique, économie, éducation, religion, communication, etc. qui visent à un développement durable pour le pays. Il faudra prendre en compte la permanence culturelle qui, en soi, est l’âme originelle qui s’enracine jusque au plus profond de nous mêmes, même s’il y a transformation, bouleversement et mutation des valeurs culturelles en République Démocratique du Congo.
(…)
Dans la société traditionnelle, les collections ethnographiques sont intervenues dans des cérémonies les plus solennelles comme les plus ordinaires et ont rempli différentes fonctions (commémorative, politique, religieuse, éducative, etc…) Même de nos jours, ces valeurs ancestrales demeurent une preuve palpable d’une permanence culturelle en République Démocratique du Congo.
Que l’exposition 50 ans d’indépendance du Congo, soit tant pour les Africains en général que pour les congolais en particulier, une occasion noble de la prise de conscience de nos richesses culturelles.

Nous exhortons à la communauté internationale de nous assister dans la gestion de nos institutions patrimoniales et dans le processus de sauvegarde de nos richesses culturelles. »

Prof. Joseph Ibongo

Le choix ici est de ne pas se focaliser sur le seul moment historique de l’indépendance, mais de travailler à le contextualiser, à le replacer dans une histoire et une temporalité plus grande. Ce que nous souhaitons interroger à travers ce projet c’est la manière dont cet imaginaire de l’histoire, du passé et du présent, voire du futur, se déploie aujourd’hui chez les gens, à un moment symbolique fort que sont les 50 ans de l’indépendance. Les imaginaires, les représentations sont multiples, selon les personnes, selon les points de vue, marqués par l’histoire, par le moment colonial, par le temps d’avant, par la présence du passé dans le temps contemporain... Ce sont les imaginaires des congolais, mais ce sont aussi ceux de personnes « extérieures » à cette histoire, ici les étudiants et enseignants français engagés dans ce projet.
Si l’exposition donnera aussi des éléments plus factuels (voir principes ci dessous), ce sont ces imaginaires de la permanence, mais aussi de la rupture, de la proximité et de la distance, qui sont au cœur du projet.

Un second point de départ pour ce projet, c’est la réserve, les collections du Musée National, entreposées au Mont Ngaliema à Kinshasa. La force de cette réserve, de ces collections. La force de la relation qu’ont les étudiants avec ce lieu et avec les collections (lors des visites que nous avons effectuées), au delà des mots. Cette réserve est un peu comme une énigme, une question. Au delà de la « valeur » des pièces selon des critères de collections, de musées, ce qui compte ici pour le projet, et interroge, c’est la relation que les étudiants, et à venir, les spectateurs de l’exposition, entretiennent avec ces pièces et à travers elles avec leur passé, la manière dont elles l’activent. Comme des survivances, des témoins, d’un passé que l’on dit et croit souvent détruit, mais qui ne l’est pas, toujours là, présent, réactualisé, réinventé ? Et comment ce passé s’articule avec le monde contemporain.

Le projet n’est pas ce seul face à face des congolais avec leur histoire. Il se construit dans le cadre d’un échange entre deux écoles. Un groupe d’étudiants et enseignants français travaille ensemble avec les congolais. Le passé colonial est un passé commun, et au delà il y a beaucoup d’imaginaires croisés. La question de vivre à « l’occidentale » se pose souvent pour les jeunes congolais ; les français eux s’interrogent sur leur place dans cette histoire, qui leur semble plus lointaine parce que ce qui fait les liens est probablement moins visible. Le projet s’attache à articuler regards et points de vue par delà le fait national. Cette dimension nous semble encore trop peu travaillée lorsque on parle des indépendances alors qu’elle correspond fortement à la réalité du monde d’aujourd’hui. La tentative ici c’est que les étudiants dialoguent et travaillent ensemble à partir de leurs représentations, les confrontent et les débattent, et que cette dimension soit perceptible dans le projet.

2. Quelques principes pour un processus (en cours) aboutissant à la réalisation de l’exposition :

L’exposition, son parcours, son contenu se construit à partir des propositions des participants au projet, de leurs hypothèses, leurs centres d’intérêt, leurs questionnements autour du « moment » de l’indépendance. Les étudiants kinois bien sûr, mais aussi les étudiants français. Ainsi que les enseignants/artistes. Il n’y a donc pas de parcours linéaire (historique ou autre), mais un « champ », une étendue rhizomatique dans laquelle on circule. On entre par le milieu, on avance par fragments…

Elle se construit dans le cadre des workshops (Strasbourg oct09 et Kinshasa déc09) et de l’ARC "Indépendances : lieux/non-lieux", comme un espace d’échange et de confrontation où se sédimentent les questions, ou se font les choix. Les deux workshops, à Kinshasa et à Strasbourg ont permis d’enregistrer ce qui constitue le point de départ des questions, les écarts, et les centres d’intérêt. (Les prochains workshops, fev10 à Kinshasa, d’où sortiront une première série d’avant projets – simultanément avec le travail des étudiants français dans le cadre des enseignements à Strasbourg-, et mars10 à Strasbourg, réunissant les 2 équipes pendant 2 semaines, d’où sortira le projet d’exposition – préciser aussi que tout au long de la période un travail en réseau entre les deux groupes est prévu -).

Le contenu l’exposition proprement dit, proposé par les participants, se construit dans un dialogue avec des historiens, des initiés : Joseph Ibongo, Henri Bundjoko (Conservateur en chef à l’IMNC), voire d’autres intervenants, si souhaité. C’est en dialogue avec l’IMNC que les pièces sont choisies.

Cette méthode de travail va permettre dans les semaines à venir :
- de définir les principaux points de départs choisis par les étudiants et participants, un ensemble de préoccupations, de centres d’intérêts, qui se manifestent sous forme d’objet, de document, de question… (voir quelques exemples dans le compte rendu du workshop de décembre 2009).
- de choisir un premier corpus de pièces et de documents à partir desquels travailler, développer projets et dispositifs. Ces pièces constitueront le socle de l’exposition.
- de choisir quelques d’autres avatars, pas forcément des pièces venant des collections, notamment pour ceux qui travaillent plus directement sur la question coloniale ou sur l’événement qu’a été l’indépendance.
- d’expérimenter des dispositifs autour de ces points de départ (c’est l’objet du workshop de fevrier à Kin et du travail des étudiants français jusque en mars).

Un second principe de travail vient croiser le premier : les pièces choisies, les « points de départ » font l’objet d’une multiplicité de contrepoints, de « variations » de points de vue : dont le point de vue d’historiens, dont le point de vue d’artistes, etc…
L’exposition n’est donc pas chronologique, ni même linéaire : elle est un rhizome, à partir des pièces des collections IMNC et d’autres éléments. A partir d’une série limitée et concrète d’éléments (objets, images…), s’articulent dans l’espace une multiplicité de regards : ils peuvent prendre diverses formes, textes, commentaires, images, vidéos, autres pièces issues des collections, dispositif alternatif…

Au spectateur de circuler, de se situer, voire d’y ajouter son propre point de vue. Ce que la scénographie travaille tout particulièrement c’est la manière dont les spectateurs circulent à l’intérieur de ce rhizome, en font partie, leur relation aux pièces, relation directe possible (il est envisagé que l’on puisse toucher certaines pièces). La question de la proximité apparaît ici constante. On a évoqué la force de la « présence » des objets, et il va falloir travailler l’espace avec la possibilité de cette intensité dans la relation entre les gens et les objets.

Un dernier principe : L’exposition est dedans et dehors, dans les salles du musée (sur le site de l’ABA), mais aussi dans le parc de l’ABA, et dans la ville (plusieurs avant projets proposent des itinérances dans l’espace urbain, des installations dans les quartiers). Elle se décline sous la forme d’installations, formant parcours à entrées multiples, sous forme d’éléments en extérieur, sous forme d’éléments itinérants (récurrence de cette idée d’aller vers les publics). Et sous forme de performances et propositions d’artistes.

3. Une exposition expérimentale
Enfin, si l’exposition a lieu au moment des 50 ans, elle ne fait pas partie des événements officiels. Elle est un regard croisé, à partir d’un projet entre deux écoles et un musée, celui des participants, étudiants, jeune génération en particulier. La dimension expérimentale est ici essentielle.



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